Domenica, 22 Ottobre 2017
Lunedì 31 Gennaio 2011 21:56

Satish Kumar, l'Eveil nomade (Jennifer Schwarz)

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Moine jaïn avant de prendre la route pour professer la non-violence à travers le monde, ce sage indien dénonce la « monoculture» occidentale et se veut le héraut d'une trinité plus universelle, liant Terre, âme et société.

Dialogue interreligieux

Satish Kumar, l'Eveil nomade

Jennifer Schwarz

Parce que la vérité est un pays sans chemin, Satish Kumar passa sa vie à renoncer aux doctrines, aux certitudes religieuses, philosophiques, politiques, à une époque qui les a tant chéries. Dans le désordre, Ghandi, Bouddha, mère Teresa, Hildegarde de Bingen, Jésus, Mohammed, Nelson Mandela, Krishnamurti, Martin Luther King et le dalaï-lama sont parmi ses modèles. L’existence elle-même l'engagea à devenir cet homme hors cadres qui plante ses yeux dans les vôtres comme un crampon dans la glace.

«Abolir les frontières»

L’enfance, nourrie au sein du jaïnisme, religion de l'humilité, et d'une mère pour qui l'existence tout entière devait être vécue comme une expérience spirituelle; l'adolescence, où il embrassa l'austérité, la modération et la solitude de la vie monastique, jusqu'à sa vie d'homme, lorsqu'à 21 ans, il reçut l'Éveil, à la lumière de Bouddha et de Ghandi. À quoi pouvait bien lui servir de vivre détaché du monde? Pourquoi séparer spiritualité individuelle et collective? « Le nirvana existe en chacun de nous et nous ouvre ses portes chaque fois que nous nous offrons au monde avec une abnégation telle que nous parvenons à abolir la frontière qui nous sépare d'autrui. »

Nous sommes en 1957. C'est le début d'une existence extravagante. Le jeune Kumar se défroque, au désespoir de sa mère, et rejoint le Kerala à pieds. C'est là qu'il prend conscience d'une réalité si simple qu'elle nous échappe: nature, humanité et vie spirituelle forment un tout. Alors pourquoi, continue-t-il à professer cinquante ans plus tard, ne pas remplacer nos trinités sacrées - «le Père, le Fils et le Saint-Esprit» ou sa version républicaine «Liberté, Égalité, Fraternité» - par une trinité plus universelle, «Terre, âme et société»? «La paix intérieure, la paix internationale et la paix cosmique sont profondément liées», écrit-il dans son dernier essai «Tu es donc je suis, une déclaration de dépendance. Ce sont les trois facettes d'une même entité. On ne peut pas faire la paix dans le monde tant qu'on n'est pas en paix avec soi-même. Et on ne peut pas faire la paix avec soi-même si on ne fait pas la paix avec la nature et le cosmos. »

La vérité n'a pas de chemin, à moins de les emprunter tous. Dans un geste pacifique, il prend la route pour Moscou, Paris, Londres, Washington. Près de 12000 km à pieds, sans un sou en poche, pour dénoncer les dangers de l'arme atomique. Méditer sur la non-violence. Sentir la terre sous ses pieds. Sur sa route, il croisera la prison, la faim, Martin Luther King, Khrouchtchev...

Orgueil et esclavages modernes

Après ces années vagabondes, Kumar s'est installé dans une campagne anglaise à la Stephen Frears, avec sa femme. L’Inde est devenue un lieu de pèlerinage et son laboratoire d'analyse de la mondialisation. « Ceux qui en veulent toujours plus n'en auront jamais assez. » Il faut, nous dit-il, revenir à une économie locale. « Libéré du toujours plus, l'homme est serein, en paix avec lui-même. » Entre deux livres, il marche dans la lande, médite, cuisine, enseigne et dirige le magazine Resurgence. L’orgueil, l'angoisse, le désir l'ont semble-t-il quitté. Lui reste, à 74 ans, un idéalisme épuré et ce charme naturel pour interpeller nos nouveaux esclavages, nos gaspillages, notre rationalisme qui tranche, isole, divise plus qu'il ne délivre. Pour sortir de notre « monoculture» maniaque, pas d'autre choix, selon lui, que de renoncer au scientisme cartésien. Car il n'y aurait plus en Occident «ni démocratie, ni liberté de pensée, ni liberté de parole, mais une vraie violence intellectuelle». Une petite fenêtre nous est offerte pour changer de modèle, dépasser les religions, et laisser apparaître, comme nous y invite aussi le philosophe musulman Abdennour Bidar, une nouvelle sacralisation de l'existence. Ne comptez pas sur les institutions religieuses ou politiques pour s'y engouffrer. «Elles font partie du problème», répond Satish Kumar en sage disciple de Krishnamurti. L’Éveil sera personnel, intime ou ne sera pas.

(Le monde des religions, novembre – décembre 2010, n°  44, pp. 16-17)

 

Ultima modifica Martedì 30 Novembre 1999 01:00
Fausto Ferrari

Fausto Ferrari

Religioso Marista
Area Formazione ed Area Ecumene; Rubriche Dialoghi, Conoscere l'Ebraismo, Schegge, Input

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