Sabato, 19 Agosto 2017
Lunedì 04 Aprile 2016 09:47

Pratiquer la miséricordie. Empathie et solidarité - Introduction (Étienne Séguier)

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Cette présentation s’avère juste d’un point de vue théologique. Elle obéit à la logique des vases communicants : ayant reçu l’amour inconditionnel de Dieu, incarné en Jésus, nous sommes amenés à diffuser à nouveau cette miséricorde, en pardonnant, puis en prenant soin des personnes en détresse.

Assistons-nous à « la mondialisation de l’indifférence », selon la formule du pape François ? Nous disposons des connaissances techniques pour nourrir la planète et lutter contre la pauvreté. Mais nous serions de moins en moins touchés par la situation des personnes en détresse. Dans la Bible, la miséricorde est définie comme la capacité de ressentir dans nos entrailles la misère des autres. Elle naît d’abord dans notre ventre et dans notre cœur, à condition d’observer ce qui s’y vit. Si la tradition juive intègre volontiers le corps, notre société se montre plus réservée. À l’école, l’enseignement valorise les raisonnements et les constructions théoriques, mais délaisse l’intelligence émotionnelle – cette capacité à percevoir nos émotions et à entendre leurs messages.

Dans une parabole célèbre (Luc 10, 25-37), Jésus raconte l’histoire d’un samaritain qui se détourne de son chemin pour secourir un homme gisant sur le bord de la route. Il s’est approché de lui après avoir été « pris aux entrailles ». L’écoute de notre ressenti serait ainsi un puissant facteur d’engagement. Certes, nous pouvons essayer de vivre sans ressentir ce qui traverse nos entrailles, mais nos émotions risquent alors de décider à notre place. Nous pouvons nous convaincre que nous ne nous mettons jamais en colère mais alors nos contrariétés risquent de prendre le contrôle de notre existence. Nous pouvons faire semblant de ne jamais avoir peur, mais alors nos appréhensions pourraient nous enfermer dans une vie étriquée. Nous pouvons bloquer la tristesse et agir comme si nous étions toujours prêts à rebondir rapidement après chaque échec, mais les années passant, notre corps pourrait en décider autrement.

La notion de « miséricorde » fait un retour médiatique, promue par un ambassadeur de renom, le pape François. Il a ainsi décrété l’organisation d’un jubilé de la miséricorde, du 8 décembre 2015 au 20 novembre 2016. Cette année sainte correspond au 50e anniversaire de la clôture du Concile œcuménique Vatican II, en 1965, pour signifier que la démarche s’inscrit dans ce mouvement d’ouverture de l’Église catholique sur le monde. Mais, aussi bien chez les catholiques, les protestants et les orthodoxes, des chrétiens se mobilisent déjà pour faire preuve de solidarité. Et le grand public est aussi largement sollicité en ce sens. Qu’apporte, de plus, la notion de miséricorde par rapport aux efforts déjà déployés ? Je distingue deux façons de concevoir la miséricorde, l’une « descendante » et l’autre « ascendante ».

Dans la version « descendante », la plus classique, il est d’usage de présenter d’abord comment Dieu fait preuve de bienveillance à notre égard. Des passages de l’Ancien Testament sont cités pour rappeler sa patience à l’égard des hommes et insister sur sa grande capacité à nous pardonner. Dans un deuxième temps, l’accent est mis sur la façon dont Jésus a lui aussi exercé la miséricorde. Ce n’est que dans un troisième temps que nous sommes invités à faire de même avec notre entourage. Tout d’abord, en pardonnant, puis en nous engageant pour les plus pauvres.

Cette présentation s’avère juste d’un point de vue théologique. Elle obéit à la logique des vases communicants : ayant reçu l’amour inconditionnel de Dieu, incarné en Jésus, nous sommes amenés à diffuser à nouveau cette miséricorde, en pardonnant, puis en prenant soin des personnes en détresse. Dans son intervention annonçant le Jubilé, le pape François s’exclame ainsi « Combien je désire que les années à venir soient comme imprégnées de miséricorde pour aller à la rencontre de chacun, en lui offrant la bonté et la tendresse de Dieu ! Qu’à tous, croyants ou loin de la foi, puisse parvenir le baume de la miséricorde, comme signe du Règne de Dieu déjà présent au milieu de nous » Nous sommes nombreux à partager ce souhait. Cette façon de présenter la miséricorde n’a qu’un inconvénient : elle s’adresse à un public pour qui Dieu signifie encore quelque chose ! Or Dieu ne représente plus une réalité présente pour nombre de nos contemporains. Parfois même chez certains croyants, la religion semble se réduire à une morale sans nourrir la vie intérieure.

Dans cet ouvrage, je voudrais présenter une approche que je qualifie d’ascendante, qui me semble plus accessible pour le grand public. Je partirai de l’expérience d’être touché par la détresse des personnes que nous rencontrons – des proches comme des inconnus. L’accueil de la colère, de la peur et de la tristesse nous apprend à trouver une attitude juste avec les autres. Il constitue un bon remède pour lutter contre l’indifférence. Pris dans un mouvement d’échange où nous donnons et recevons, nous sommes capables alors de décider de pardonner quand les relations se figent à l’occasion d’un conflit. J’indiquerai enfin comment cette logique de la miséricorde que nous avons d’abord vécue au contact d’autres humains n’est sans doute possible que grâce à Dieu qui nous aime inconditionnellement.

Étienne Séguier

Pratiquer la miséricordie. Empathie et solidarité, ed. Empreinte Edition, 2015, € 8,00.

 

 

Ultima modifica Lunedì 04 Aprile 2016 10:00
Fausto Ferrari

Fausto Ferrari

Religioso Marista
Area Formazione ed Area Ecumene; Rubriche Dialoghi, Conoscere l'Ebraismo, Schegge, Input

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